“Nous sommes au début de notre parcours”, Vincent Brunet

En à peine une saison sur le circuit international, Vincent Brunet et Drazic se sont hissés jusqu’à la scène mondiale. Sélectionnés en équipe de France de para-dressage pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, ils ont abordé cette échéance avec ambition, portés par des débuts prometteurs et un projet pensé sur la durée, avec les Jeux paralympiques de Los Angeles déjà en ligne de mire.



Vincent Brunet a vécu un moment inédit dans sa carrière: sa première sélection avec l’équipe de France de para-dressage à l’occasion des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Aux côtés de Drazic (Old, Don Frederic x Rapallo), son Oldenbourg de treize ans, le Mayennais a abordé cette échéance avec ambition, mais, surtout, avec la volonté de continuer à construire un couple solide. En Allemagne, son objectif tenait avant tout à prendre du plaisir sans sacrifier la performance. S’il n’a, hélas, pas réussi à se qualifier pour la Libre, il a hérité d’une honorable note de 67,375%, similaire à celles obtenues tout au long de la saison. Surtout, il a contribué à qualifier la France pour les Jeux paralympiques de Los Angeles 2028! Rien, pourtant, ne prédestinait Vincent Brunet au haut niveau. Étranger au monde du cheval, c’est à l’âge de six ans qu’il découvre l’équitation, à la faveur d’activités proposées dans le cadre de son accompagnement médical. Né grand prématuré, il vit depuis toujours avec des séquelles qu’il a appris à apprivoiser. “Je ne suis pas du tout issu du milieu. J’ai découvert l’équitation grâce aux salles de soins, puisque je suis accompagné depuis une naissance difficile. Le virus ne m’a alors plus quitté depuis mes six ans”, raconte-t-il. Vite conquis, il rejoint un club et s’entraîne aux côtés de cavaliers valides, avant de rejoindre l’association Handi-Cheval Mayenne, qui le guide vers la compétition officielle dès 2012. Débuté en Grade III, puis affiné en Grade II, son parcours l’a mené en Grade I, catégorie dans laquelle il évolue depuis trois ans. Avant de trouver pleinement sa place dans le para-dressage, il s’essaie aussi aux épreuves valides — une parenthèse qui lui permet de mesurer à quel point sa discipline correspond véritablement à son projet sportif. “J’avais du mal à accepter que les reprises valides ne correspondaient pas à mon handicap: il s’agissait notamment de galoper alors que cela m’est compliqué”, confie-t-il. Il se tourne alors, tout naturellement, vers un univers où sa singularité trouve enfin sa place.



Drazic, cet “extraordinaire cheval de famille”

Cette sélection pour Aix-la-Chapelle tient aussi à une rencontre: celle avec Drazic. Ce fils de Don Frederic (Han, Don Frederico x Wolkentanz) n’appartient à Vincent que depuis dix-huit mois, mais l’alchimie entre les deux partenaires a été immédiate. “Drazic est une perle rare”, résume-t-il. Leur histoire est aussi celle d’une aventure collective: c’est en cherchant une monture pour elle-même que Lisa Cez, compatriote ayant représenté la France aux Jeux paralympiques de Paris, repère Drazic, avant de le signaler à Vincent et son entourage. Avant de rejoindre cette nouvelle discipline, Drazic avait fait ses armes en dressage Amateur et goûté ponctuellement au concours complet. Rien ne le préparait au para-dressage, mais son mental a rapidement fait la différence. “C’est un extraordinaire cheval de famille. Il me donne absolument tout, a compris ma faiblesse, me respecte énormément et, même lorsqu’il a peur, il prend sur lui et je le sais.” Au quotidien, l’alezan est confié à Sandrine Clément, coach de Vincent et school-rider du cheval installée à Laval. En compétition, c’est elle qui prépare Drazic avant d’entrer en piste, puisque Vincent, cavalier de Grade I, ne concourt qu’au pas. Autour du couple s’est peu à peu construite une véritable équipe: Manon Lacire, groom, mais aussi Jean-Jacques et Véronique Brunet, les parents de Vincent, copropriétaires du cheval et très investis dans la logistique du projet.



Une première saison internationale pleine de promesses

Le duo Brunet-Drazic n’affiche qu’une saison d’expérience internationale, mais ses résultats ont vite tapé dans l’œil des observateurs. Début juillet, au réputé CPEDI3* de Hagen, en Allemagne, Vincent signe notamment une sixième place en Libre, avec une moyenne de 70,645%. “Cette note dans la Libre a sonné comme une récompense.” Cette progression épouse sa manière bien à lui d’avancer. Épaulé, notamment, par Flore Tairaz, préparatrice mentale de l’équipe de France, Vincent a compris que la répétition était l’une des clés de sa réussite. Son plus beau souvenir reste toutefois l’international d’Ornago, en juillet 2025, où il livre une performance qui dépasse toutes ses attentes: une première place, avec une moyenne de 72,583% dans la Reprise Imposée B. “Quand j’ai appris mon score en sortant de piste, nous nous sommes serrés dans les bras avec ma coach Sandrine, car la moyenne était vraiment inattendue. Ce fut un grand moment d’émotion.”



Ambition Los Angeles

Son ambition à long terme, elle, ne fait aucun mystère: les Jeux de Los Angeles. “Ce serait notre Graal!”, sourit-il. Pour y parvenir, Vincent évolue dans un environnement particulièrement porteur. Informaticien au sein du groupe Maison et Services, il peut compter sur le soutien de son employeur, mais aussi sur celui de plusieurs artisans mayennais qui financent une partie de son projet. Mais Vincent n’ignore pas que la route sera longue. “Les compteurs seront remis à zéro l’an prochain et rien n’est jamais acquis, même si je suis fondamentalement quelqu’un de combatif”, pondère-t-il. Avec Drazic, il avance donc étape par étape. “Nous tenons à évoluer patiemment pour que notre couple avec Drazic soit solide et fiable. Nous sommes au début de notre parcours!”