Le défi puissance quatre de Franck Grimonprez

Après avoir touché les sommets de l’attelage en paire, décrochant une médaille d’argent individuelle aux championnats du monde de Kronenberg en 2021, Franck Grimonprez s’est lancé un nouveau défi: passer à quatre chevaux pour rejoindre l’élite mondiale de la discipline. Quelques mois après ce virage ambitieux, ce chef d’entreprise de cinquante-six ans a découvert la ferveur d’Aix-la-Chapelle en rejoignant le collectif tricolore. Retour sur le parcours d’un passionné aux multiples facettes, dont la carrière sportive a pris une nouvelle dimension.



Chez Franck Grimonprez, le cheval n’a jamais été une parenthèse, mais bien un fil conducteur qui traverse son histoire depuis l’enfance. Tombé dans l’équitation dès l’âge de huit ans dans un poney-club du Nord, le jeune homme débute par le saut d’obstacles dans un centre équestre entre Arras et Lille, avant que sa vie professionnelle ne l’éloigne progressivement des terrains de concours à vingt-deux ans. Mais comme il le dit si bien: “Quand on a le virus du cheval, on ne le perd jamais!” Issu d’une famille de transporteurs passionnés d’équidés, Franck Grimonprez trouve naturellement le chemin de l’attelage. Alors que son oncle Bernard souhaite acheter des chevaux à Gérard Sainte-Beuve, figure de la catégorie reine de la discipline, ce dernier refuse de vendre des montures de compétition à “des logisticiens qui s’entraînent le dimanche pour le dimanche d’après”, et leur propose plutôt des chevaux de trait légers, des Comtois, que le jeune Franck Grimonprez rachète ensuite. Avec des moyens artisanaux, le meneur remporte, en paire, le Mondial des chevaux de trait en 2009, à Conty, puis deux fois le titre de champion de France Amateur Élite GP Paire, en 2012 et 2023, motivant son envie de côtoyer l’élite de la discipline. Initialement, le Samarien se lance d’abord avec un équipage de cinq Lusitaniens, dont deux disposant de beaucoup d’expérience, avant de construire une véritable aventure collective aux côtés du meneur en paire François Dutilloy. Il crée l’équipe ATEL Compétition, basée dans la Somme, en 2017. Au fil des ans, le meneur change de montures et se fraye un chemin parmi les meilleurs Tricolores de sa catégorie, avant de décrocher, en 2021, une médaille d’argent individuelle aux Mondiaux à deux chevaux, à Kronenberg, aux Pays-Bas.



Deux fois deux…

Mais depuis quelques années, une idée trotte dans la tête du meneur: doubler le nombre de chevaux à son attelage. “La Mecque, c’est Aix-la-Chapelle”, confie-t-il. Après avoir longtemps plaisanté avec ses proches en affirmant qu’il ne ferait “jamais de quatre”, le quinquagénaire finit par franchir le pas, notamment aux côtés de FélixMarie Brasseur. Figure incontournable de l’attelage mondial, le sélectionneur des Bleus depuis 2013 lui fait comprendre que ce défi était, peut-être, devenu un choix évident. “Quand quatre chevaux incurvent en même temps, qu’ils sont légers dans la main et que tout est organisé, on touche au nec plus ultra”, confirme le pilote. Depuis le début de l’année 2026, Franck Grimonprez évolue donc à quatre chevaux. Son nouvel équipage se compose des complices qu’il présentait en paire, Calle 97 (Westph, Christiano x Pluspunkt), DSP Da Vincy (SATHU, Decurio x Rich Charly) et James Bond J (KWPN, BMC Inspekteur x Special D), ainsi que de nouvelles montures expérimentées, dont Claus 65 (UELN, Christiano x Pluspunkt), Dream Catcher (Han, De Niro 6 x Epernay) et Pucci (Old, FürstenLook x De Niro 6). Celui qui n’est pas parti de rien a su s’entourer des bonnes personnes, notamment du multiple champion du monde en paire allemand, Michael Freund, ainsi que de toute l’équipe d’ATEL Compétition. Une philosophie qui dépasse largement les pistes de concours pour cet entrepreneur à la tête d’un groupe logistique comptant plusieurs milliers de collaborateurs. 

De fait, malgré une carrière professionnelle bien remplie, le Tricolore a pu bénéficier de l’essor du travail à distance pour, désormais, consacrer davantage de temps à ses projets sportifs. “Il y a des gens qui passent leur temps libre à courir ou à être au bistro; moi je le passe avec mes chevaux”, sourit-il. Si son emploi du temps lui permet aujourd’hui de consacrer plusieurs heures par semaine à son attelage, il le doit aussi au soutien indéfectible de son épouse. “Elle me dit toujours de faire ce que je veux, que cela fait partie de mon équilibre.” À Conty, où il a développé les installations d’ATEL Compétition, le Samarien a imaginé un lieu à mi-chemin entre travail, partage et transmission, avec un terrain d’entraînement sur lequel sont aménagés carrières, obstacles de marathon et quelque quatre-vingts hectares de chemins sauvages où de nombreux passionnés se retrouvent. “Nous invitons autant les compétiteurs que ceux qui veulent pratiquer l’attelage pour le plaisir.”



Aix comme mise en bouche

Pour sa grande première en attelage à quatre, le meneur a donc fait le déplacement aux Mondiaux de la discipline, sis au mythique Parc de la Soers, à Aix-la-Chapelle, où son équipe de compétition l’a naturellement accompagné. Malgré l’envergure de l’événement, l’homme n’a pas semblé très stressé et a gardé la tête froide. “Je savais très bien que la victoire, le Graal comme j’aime l’appeler, n’était pas pour cette année. Pour l’instant, mon objectif est de surprendre.” Et, à bien y regarder, l’homme peut être fier de cette première expérience. Magistral sur le rectangle de dressage – terminant huitième sur ce test avec 43,52 points –, le meneur a rencontré davantage de difficultés lors du marathon (175,62) et de la maniabilité (25,34), avant de finir trente-huitième. Loin d’être une finalité, cette première expérience mondiale aux rênes de quatre chevaux a surtout représenté le point de départ d’un projet à moyen terme. “Nous nous donnons six ans, jusqu’à mes soixante-deux ans”, sourit-il. Une ambition à l’image du personnage qu’il incarne: patiente, collective et profondément reconnaissante, ponctuée par un mantra qu’il ne cesse de répéter: “Merci la vie!”