Trois candidats pour la présidence de la FEI, mais où est le débat ?

Où est la campagne ? En France, il n’était même pas encore décidé que l’élection présidentielle se tiendrait les 18 avril et 2 mai 2027 que la campagne avait déjà largement commencé. Les (nombreux) prétendants se déclaraient ou se préparaient, les premières propositions circulaient, provoquant d’inévitables premières polémiques.  



À la Fédération équestre internationale (FEI), l’ambiance est différente. Le 5 décembre prochain, à Jiangyin, en Chine, les représentants des fédérations nationales membres de la FEI éliront pourtant le successeur du Belge Ingmar de Vos, arrivé au terme de son troisième mandat après douze années passées à la tête de l’organisation. Un scrutin loin d’être anecdotique, tant les défis qui attendent le prochain président sont nombreux. Trois candidats sont en lice. Le Taïwanais Jack Huang, qui préside depuis 2016 le groupe régional VIII rassemblant l’Asie et l’Océanie, et qui occupe depuis 2019 l’une des vice-présidences de la Fédération. Comme lui, le Canadien Mark Samuel connaît parfaitement les rouages de l’institution : membre de son conseil d’administration pendant douze ans, il a notamment été vice-président de la FEI entre 2017 et 2024. Que dire, enfin, de Sabrina Ibáñez, qui représente le Salvador ? Entrée à la FEI en 1991, elle en est la secrétaire générale depuis 2014 et l’élection d’Ingmar de Vos à la présidence. Trois personnes aux profils différents, mais toutes issues du sérail et déjà pleinement impliquées dans les affaires de l’instance. La France n’a plus présenté d’aspirant à ce poste depuis Pierre Durand, qui entendait en 2014 profiter de sa candidature pour « créer un débat d’idées ». Douze ans plus tard, on regretterait presque l’effervescence de cette campagne-là… En effet, cette fois, on a bien du mal à sentir battre le pouls d’une élection. Les trois candidats ont pourtant publié leurs programmes en bonne et due forme. Mark Samuel défend, entre autres, une gouvernance plus transparente, une gestion financière prudente, le bien-être équin et une réflexion sur l’augmentation des coûts du sport. Sabrina Ibáñez met en avant la continuité, la consultation, une gouvernance guidée par la science, le bien-être des chevaux, l’intégrité et le développement durable. Jack Huang, lui, insiste davantage sur le développement de la pratique équestre dans les nations émergentes, la réduction des écarts entre fédérations et la poursuite de la mondialisation des sports équestres. Des orientations existent donc bel et bien, en tout cas sur le papier. 

Mais où est le débat ? Pour l’instant, il est difficile à entendre. Il faut dire que la FEI encadre étroitement son processus électoral, jusqu’à réglementer précisément la période et les conditions dans lesquelles les candidats peuvent s’exprimer. Sans doute est-ce un moyen d’éviter les attaques personnelles et autres dérives inhérentes à certaines campagnes. Mais à trop vouloir contrôler la parole, on finit aussi par l’étouffer. À moins de trois mois du scrutin, peu d’entretiens, aucun débat public et, surtout, pas de véritable suspense. Il faut bien le dire, Sabrina Ibáñez apparaît comme la grande favorite. Âgée de soixantedeux ans et s’exprimant aussi aisément en espagnol qu’en anglais et en français, elle incarne naturellement la continuité après avoir œuvré au service des quatre derniers présidents : Ingmar de Vos, la princesse Haya bint al-Hussein de Jordanie, l’infante d’Espagne Doña Pilar de Borbón et la princesse royale Anne d’Angleterre. Dès lors, une question se pose : à quoi servent les candidatures de Mark Samuel et Jack Huang si elles ne permettent pas, au moins pour la forme, de questionner le bilan de l’équipe sortante et le projet de la candidate à qui la victoire semble promise ? Que veulent-ils conserver ? Que souhaitent-ils changer ? Quant à Sabrina Ibáñez, entend-elle poursuivre la politique menée depuis 2014 ou imprimer une autre direction ? Les sujets ne manquent pourtant pas ! Bien-être équin, place des éleveurs dans l’économie du sport, lutte contre les violences et harcèlements, sponsoring, gestion du calendrier des compétitions, classement mondial… Autant d’enjeux sur lesquels les candidats pourraient défendre des visions différentes. Sans oublier la stratégie de démocratisation internationale des sports équestres portée par la FEI, qui mériterait, elle aussi, d’être débattue. Une campagne devrait être l’occasion de confronter les visions et de mettre en débat l’avenir de l’institution. À deux mois du scrutin, trois candidats sont en lice. Trois programmes existent. Une élection est organisée. Il ne manque finalement qu’une chose : une véritable campagne. À son échelle et avec humilité, GRANDPRIX s’engage à y contribuer dans les semaines à venir.Ingmar de Vos, président de la FEI, prend la parole lors de l’Assemblée générale de la FEI en 2024.