“J’aime accompagner des chevaux vers le haut niveau et les voir progresser”, Arthur Le Vot

Alors qu’il participait pour la première fois de sa carrière au Morocco Royal Tour, Arthur Le Vot a, à cette occasion, disputé son cinquième CSI 5*, après avoir notamment foulé les pistes des CSIO de La Baule et d’Aix-la-Chapelle. Conscient des exigences qu’implique une présence régulière au plus haut niveau, le Français de vingt-neuf ans livre, dans cette interview, un regard éclairé sur son système, son piquet de chevaux et les prochains concours auxquels il prendra part. Notamment entouré de Marcel Delestre au Maroc, le cavalier livre aussi son bilan de cette tournée au sein du Royaume chérifien.



Vous participiez cette année pour la première fois au Morocco Royal Tour, dont vous avez disputé les trois étapes. Qu’avez-vous pensé de cette tournée et comment se sont déroulées vos trois semaines ici?
Je suis venu avec des chevaux relativement jeunes pour ce niveau, puisque j’en ai trois de huit ans et un de neuf ans, et un seul qui soit en mesure de participer aux plus grosses épreuves. Nous avons commencé tranquillement à Tétouan, où les chevaux ont pu se mettre en jambes. À Rabat, nous avons ensuite commencé à obtenir de bons résultats, et la dynamique s'est poursuivie ici (le cavalier a notamment remporté une victoire dans une épreuve à 1,35m du CSI 2* avec Iréelle de Talma, signé une troisième place dans une compétition à 1,55m du CSI 5* avec Haristo du Gué le samedi, puis pris une septième place dans le Grand Prix à 1,60m le dimanche, ndlr). Dans l’ensemble, je trouve que les chevaux ont progressivement pris la mesure de la hauteur. Cette tournée a donc été intéressante pour eux et constitue une bonne expérience, d’autant qu’ils sont encore frais. Dans le Grand Prix du CSI 2*, Soho, un cheval de huit ans, a été pénalisé de quatre points, sur une faute dont je suis en partie responsable. Il s’est néanmoins très bien comporté. Pour des chevaux de huit ou neuf ans, ce niveau reste abordable et très éducatif.

Vous avez notamment assisté à la victoire de la France dans la Coupe des nations du CSIO 4* de Rabat. Qu’avez-vous pensé de vos camarades? Les avez-vous aidés et soutenus?
Tous sont des cavaliers assez expérimentés. J'étais à leurs côtés et disposé à les aider si jamais ils faisaient appels à moi. Sur le plan technique, je n'allais évidemment rien leur apprendre. Il s’agissait surtout d’être là en cas de besoin et de leur apporter un confort supplémentaire. 

Vous entretenez des liens relativement forts avec le Maroc puisqu’Abdelkebir Ouaddar, icône du jumping marocain, a vécu plusieurs années dans les écuries de votre famille à son arrivée en France. Pouvez-vous me raconter cette histoire? Quels souvenirs en gardez-vous? Vous avez gardé des liens avec lui?
Kebir (Abdelkebir Ouaddar, ndlr) était chez Philippe Rossi, au Mans. Lorsqu’il a décidé de partir, il s’est retrouvé dans une situation un peu compliquée, car il n’avait pas encore trouvé d’autres écuries pour accueillir ses chevaux. Mon oncle, Laurent, l’a donc aidé pendant quelques mois en lui permettant de les loger et de continuer à travailler avant qu’il ne rejoigne les écuries de la famille Rozier. Laurent l’a également aidé à participer à quelques concours, mais comme il continuait lui-même à monter en compétition, il avait peu de temps à lui consacrer pour l’entraînement. Marcel Rozier, qui avait alors pris sa retraite sportive, était davantage disponible pour l’accompagner. Kebir est finalement resté environ un an chez mon oncle. Nous avons toutefois conservé une très belle relation d’amitié. S’il a besoin de quoi que ce soit, je serai toujours là pour l’aider, et je sais que ce sera réciproque. Il a toujours été très reconnaissant envers toutes les personnes qui l’ont aidé à son arrivée en France.

Le Français s’est imposé avec Irréelle de Talma dans une épreuve à 1,35m du CSI 2* d’El Jadida, la semaine dernière.

Le Français s’est imposé avec Irréelle de Talma dans une épreuve à 1,35m du CSI 2* d’El Jadida, la semaine dernière.

© Clem.media / Morocco Royal Tour



“Dans un CSI 5*, c’est surtout la concurrence qui me surprend”

Le CSI 5* d’El Jadida constituait votre cinquième engagement dans un CSI 5*, après avoir couru les CSIO 5* de La Baule et d’Aix-la-Chapelle l’année dernière, puis les CSI 5* de Ramatuelle et Cannes cette année. Comment se passe cette entrée progressive vers le plus haut niveau? 
Honnêtement, cette progression se passe bien. Ici, les qualifications restent assez abordables, ce qui est plus confortable. Il n’y a pas une pression énorme avec l’obligation d’intégrer le top 30 le premier jour, puis le top 20 le lendemain, et je pense qu'il s'agit d'un aspect positif. Mon cheval de tête actuel, (Haristo du Gué, ndlr), a commencé à acquérir de l’expérience. L’année dernière, nous avions participé au CSIO 5* de La Baule, puis il avait couru à Aix-la-Chapelle et à Hickstead (dans les épreuves réservées aux Jeunes chevaux, ndlr). Cette année, j’ai pu l’emmener dans le sud de la France, à Ramatuelle et à Cannes. Il était déjà bien dans le coup, mais il n’avait encore jamais disputé de Grand Prix avant d’arriver au Maroc. Il a eu un peu de mal à s’adapter à la hauteur en début de tournée, mais il est désormais en train de monter en puissance, comme nous le souhaitons. C’est très positif.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans les CSI 5*? Est-ce que la hauteur des obstacles vous impressionne? Est-ce que la technicité des parcours et le niveau des chevaux et des cavaliers sont des aspects à prendre en compte?
C’est surtout la concurrence qui me surprend. Dans un Grand Prix 5*, je dirais que plus de la moitié des couples sont capables de l’emporter. Le plus difficile est donc de parvenir à rivaliser avec eux. En revanche, je trouve que la technicité des parcours s’inscrit dans une progression logique. Certains tracés sont effectivement plus techniques, selon les chefs de piste, et les temps accordés peuvent parfois être très courts. Mais j’ai eu la chance de pouvoir participer à des concours 3* et 4* auparavant. En abordant progressivement ce niveau, je trouve que la hauteur des obstacles reste finalement assez peu impressionnante.

Pour vous accompagner dans cette ascension, vous pouviez notamment compter sur Djinn Cécé, qui était votre cheval de tête jusqu’à cet été, avant qu’il ne passe sous la selle de Jack Conlon Gâteau. Auriez-vous aimé le conserver?
Oui, évidemment, j’aurais aimé le conserver, mais Djinn Cécé était destiné à la vente. Son propriétaire souhaitait vraiment le commercialiser et, malheureusement, nous n’avons pas trouvé d’acheteur parmi les personnes qui se sont présentées. Il estimait que le confier à un jeune cavalier pourrait permettre de montrer à quel point ce cheval est bon. Il a d’ailleurs remporté dernièrement une épreuve avec Jack Conlon Gâteau (dans le Grand Prix Pro Élite à 1,50m du Vichy Silver Moon, le 11 octobre dernier, ndlr). Djinn est un cheval très courageux, qui possède de nombreuses qualités et présente donc un réel intérêt sur le plan commercial. C’est vrai qu’avec moi, il pouvait peut-être paraître un peu atypique, mais il a beaucoup d’autres atouts.



“J’aime beaucoup former les chevaux dès leur plus jeune âge”

Ce niveau, vous l’aviez déjà entrevu il y a huit ans avec l’excellent Vinchester, que vous aviez vendu aux écuries Tops au moment où vous auriez pu découvrir les CSI 5*. Même si vendre fait partie du métier, n’êtes-vous pas frustré d’être régulièrement séparé des chevaux qui pourraient vous emmener jusqu’à haut niveau?
Oui et non. Lorsqu’il s’agit de nos propres chevaux, il est difficile de les conserver. Aujourd’hui, je commence toutefois à travailler avec des propriétaires qui souhaitent, à travers moi et mon équipe, aller plus loin dans le sport et garder leurs chevaux pour les accompagner vers le plus haut niveau. C’est vraiment génial et cela apporte un certain confort, même si ce type de relation prend du temps à construire. Il faut rencontrer les bonnes personnes, qui soient elles aussi passionnées, car les sommes en jeu sont importantes. Il faut qu’elles aiment véritablement le sport et leurs chevaux pour accepter de poursuivre l’aventure ensemble et de continuer à concourir sans nécessairement envisager une vente. Avec un cheval qui obtient de bons résultats, les gains peuvent aussi contribuer au financement de la structure. Évidemment, cela ne rapportera jamais autant qu’une vente, mais cela peut tout de même être intéressant. En revanche, lorsque les chevaux m'appartiennent, comme Fancy de Kergan ou Vinchester, je ne peux pas me permettre de les garder. Pour assurer la pérennité de ma structure et lui permettre de continuer à progresser et à se développer, je n’ai pas d’autre choix que de vendre certains chevaux. 

Comment fonctionne votre système? Avec qui travaillez-vous?
Dans notre écurie, nous avons beaucoup de jeunes chevaux appartenant à des propriétaires. J’en avais quelques-uns à moi, que j’ai vendus assez rapidement. Je n’ai toutefois pas suffisamment de temps pour m’occuper de mes propres chevaux, donc je préfère me concentrer sur ceux de mes propriétaires. J’ai la chance d’être bien entouré. Frédéric David vient régulièrement m’entraîner à la maison, aussi bien à l’obstacle que sur le plat. Son regard extérieur est très important pour moi. Cela fait maintenant cinq ou six ans que nous travaillons ensemble. Auparavant, je m’entraînais avec Bertrand de Bellabre. Je trouve essentiel d’être accompagné par quelqu’un dans mon travail. Au Maroc, mon oncle Laurent était présent lors des deux premières semaines et m’a donné un bon coup de main avec mon cheval pour essayer d’optimiser les choses. Pour ce week-end, j’avais ensuite demandé à Marcel Delestre de m’épauler, et il a gentiment accepté. Je trouve cela intéressant et rassurant de pouvoir compter sur quelqu’un d’expérimenté. Cela permet d’avancer et d’aborder les échéances avec davantage de sérénité.

Vous êtes récemment retourné vous installer dans votre Bretagne natale, après avoir passé un an chez vos voisins normands, au haras de Semilly?
Oui, tout à fait. Je suis désormais installé à Rennes, en Bretagne, avec ma compagne, Gabrielle Carneaux. Nous sommes dans les écuries familiales, où nous louons des boxes. Nous étions déjà installés chez mes parents avant de partir en Belgique, où j’avais reçu une proposition intéressante pour devenir cavalier pour Éric Lamaze. Nous l’avons acceptée, car nous ne voulions pas avoir de regrets et souhaitions tenter l’expérience. Finalement, je me suis rendu compte que ce système ne me correspondait pas totalement. Ils évoluent vraiment au plus haut niveau, achètent des chevaux très chers et les exploitent en compétition avant de recommencer. Je savais que je n’aurais pas les moyens financiers de fonctionner de la même manière si je devais un jour me lancer à mon compte. J’aimais aussi mon indépendance et ne voulais pas dépendre d’un propriétaire en particulier. Je souhaitais développer mon propre projet et travailler avec plusieurs propriétaires. Mon équipe et moi avons donc décidé de nous orienter vers un haras, en l’occurrence celui de Semilly, où le travail est davantage axé sur la formation des jeunes chevaux. Cela me correspond mieux. J’aime les accompagner vers le haut niveau et les voir progresser. Demain, je ne vais pas forcément acheter un cheval de neuf ans déjà capable de sauter des Grands Prix. Ce n’est pas que cela ne m’intéresse pas, et je serais évidemment ravi d’accueillir un crack de neuf ans dans mes écuries. Mais j’aime aussi beaucoup former les chevaux dès leur plus jeune âge et pouvoir suivre leur évolution de près. Même si nous avons aujourd’hui un excellent cavalier de jeunes chevaux dans l’équipe, la formation reste quelque chose qui me passionne. Bien sûr, si j’en avais les moyens, j’achèterais quatre chevaux supplémentaires pour accompagner Haristo du Gué dans les concours de ce niveau. Comme il est actuellement le seul à pouvoir y participer, c’est plus difficile. Mais, quoi qu’il arrive, je continuerai à former de jeunes chevaux. C’est passionnant, aussi bien sur le plan de l’expérience que de la technicité et de la réflexion. C’est également intéressant économiquement. Acheter un jeune cheval, le former et le commercialiser peut être une stratégie plus avantageuse financièrement. À l’inverse, lorsqu’on achète un cheval de neuf ou dix ans, on paie généralement un prix proche de sa valeur maximale. On peut ensuite essayer de rentabiliser cet investissement grâce aux gains en compétition, mais il est difficile de récupérer la somme engagée.



“Haristo du Gué est capable de tout sauter”

De quels chevaux se compose votre piquet actuel?
J’ai amené au Maroc mes quatre chevaux les plus expérimentés: Haristo du Gué, Iness du Paradis (âgée de huit ans ndlr), Soho, un super cheval qui a déjà sauté des Grands Prix 2* et qui débute sur 1,45m, ainsi qu’Iréelle de Talma, une excellente jument de concours, très rapide. En venant ici, je n’avais pas un piquet de chevaux avec lequel je pouvais me dire que j’allais tout gagner. Mais, dans l’ensemble, ils ont répondu présent et ont réussi à rentabiliser leur tournée. C’est très sympa, d’autant qu’ils ont aussi acquis énormément d’expérience.

Quels espoirs fondez-vous en Haristo du Gué, qui semble être prometteur?
Aujourd’hui, Haristo du Gué a encore besoin de gagner en maturité et en expérience. Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est qu’il est monté en puissance au fil de ces trois semaines de concours. Il doit encore s’endurcir pour évoluer à ce niveau. En termes de potentiel, il possède tous les moyens nécessaires et est capable de tout sauter. C’est un cheval respectueux, qui doit maintenant gagner en agilité et en disponibilité pour se faciliter un peu la tâche. Il réalise déjà de belles choses et nous sommes vraiment satisfait de ces performances. L’objectif de cette tournée au Maroc, était avant tout de lui permettre de s’endurcir et d’acquérir de l’expérience. C’est un cheval plutôt à l’aise sur les grandes pistes en herbe. À Dinard, par exemple, il a signé plusieurs sans-fautes dans le CSI 3*. Il s’était également très bien comporté l’année dernière à Aix-la-Chapelle et à La Baule. À Hickstead, nous avions terminé troisièmes du Grand Prix réservé aux chevaux de huit ans. Il se montre assez régulier sur l’herbe, où il dispose de davantage d’espace. Les épreuves en indoor lui conviennent aussi très bien, même si tout arrive plus vite. En revanche, je dois encore gagner en régularité sur les pistes en sable, sur lesquelles il a besoin de progresser sur le plan technique.

Qui en est le propriétaire?
Nous avons acheté Haristo du Gué à cinq ans avec mes parents, mes beaux-parents et un ami de ces derniers. Il était initialement destiné à ma compagne, qui l’a monté lors de la finale du Cycle classique des chevaux de cinq ans à Fontainebleau, en 2022. Finalement, à mon retour des écuries d’Éric Lamaze, je l'ai définitivement récupéré, car Gabrielle avait moins de temps à lui consacrer. Ce n’était pas prévu au départ, mais les choses se sont finalement organisées de cette manière.

Ici avec Haristo du Gué, Arthur Le Vot a foulé l’immense terrain d’Aix-la-Chapelle en 202, où il a terminé sixième d’une épreuve à 1,45m.

Ici avec Haristo du Gué, Arthur Le Vot a foulé l’immense terrain d’Aix-la-Chapelle en 202, où il a terminé sixième d’une épreuve à 1,45m.

© Sportfot



“Je pense qu’Iness du Paradis est dotée d’un grand potentiel”

Et vous pouvez nous en dire davantage sur Iness du Paradis?
Iness du Paradis est une fille de Clarimo, âgée de huit ans et qui appartient à Stéphane Marty, de l’élevage du Paradis. Elle n'a disputé que quelques parcours à six ans dans le nord de la France, et elle possède encore très peu d’expérience. Elle a notamment couru sa première épreuve à 1,50m hier (le 17 octobre, ndlr). À Rabat, elle a pris part à son premier Grand Prix 2*, qu’elle a terminé avec un double sans-faute à la cinquième place. C’était également le premier barrage de sa vie. Ici, à El Jadida, elle a signé un excellent sans-faute sur 1,50m. Malheureusement, dans l’option pour aborder le dernier obstacle, je me suis fait piéger et une rupture de mouvement et m’a coûté quatre points, alors qu’elle n’avait pas touché une seule barre. Je pense vraiment qu’Iness est une jument de très grande qualité, avec un fort potentiel pour l’avenir.

Votre participation au CSI 5* d’El Jadida, premier CSI 5* du Morocco Royal Tour, annonce-t-elle des objectifs de CSI 5* dans les mois à venir?
Je vais probablement participer aux CSI 4* de Rouen et de Saint-Lô. Ils ne sont pas très loin de la maison et sont vraiment agréables, avec une excellente organisation, un très bon niveau sportif, une belle concurrence et, surtout, une atmosphère très sympathique. Ce sont des concours de la région, ce qui permet aussi d’éviter de longs déplacements aux chevaux. Ils auront tout de même trois à quatre semaines de pause avant ces échéances, ce qui s’intègre idéalement dans leur programme. Nous avions éventuellement envisagé de partir en Espagne pour une tournée, car nous avons récupéré plusieurs chevaux récemment, dont certains un peu plus âgés. Finalement, je pense que nous allons plutôt rester dans la région et que je vais prendre le temps de travailler tranquillement avec ces chevaux à la maison en vue de la saison prochaine.

Ici à Dinard, Arthur Le Vot considère “qu’Iness du Paradis est dotée d’un grand potentiel”.

Ici à Dinard, Arthur Le Vot considère “qu’Iness du Paradis est dotée d’un grand potentiel”.

© Sportfot



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